Comparaison des fêtes de fin d'année à travers les âges et entre Belgique et Bulgarie/Russie


Au moment où ces lignes furent écrites, la préparation des fêtes de fin d'année 2001 battait son plein, tant en Europe occidentale que du côté des pays de l'Est. Les préjugés qui circulent à propos de ces "pays du froid" sont légions, nous avons déjà abordé ce sujet dans de nombreuses rubriques. Toutefois, il nous a paru opportun de comparer la préparation et le déroulement de ces festivités aussi bien à travers les âges qu'entre les pays concernés. Les différences observées sont édifiantes, mais pas toujours comme on l'imagine!

 

BELGIQUE

 

BULGARIE/RUSSIE

 

Il y a une petite quarantaine d'années d'ici, je vivais dans une petite ville de province avec mes parents. Quelques jours après la Saint-Nicolas, un grand événement se préparait! C'était bien l'hiver et une bonne couche de neige en attestait. Il y avait belle lurette qu'on avait pu faire des glissoires dans la cour de récréation, que les jardins permettaient de belles bagarres de boules de neige ou la réalisation d'un fameux bonhomme, que l'on décorait comme il se doit. Il n'y avait guère de risque qu'il fonde sous peu. Tous les soirs, avant de m'endormir, je pouvais voir sur les fenêtres de ma pette chambre, les étranges dessins que le gel avait provoqués. C'est que le chauffage central n'existait pas encore ou était encore loin de se trouver dans toutes les chaumières. On se chauffait encore au charbon et je revois encore ma grand-mère alimenter le poêle de Louvain de grosses pelletées, remonter des charbonnières de la cave ou mon père rapporter des sacs d'anthracite. Les premiers sapins artificiels n'allaient arriver que quelques années plus tard. De ce fait, c'était un sapin réel qui allait trôner dans un coin de la salle de séjour. Monté sur un socle fait de deux lattes croisées, il se distinguait par son authenticité majestueuse et les paroles de la chanson "mon beau sapin", que nous reprenions fréquemment en chœur, gardaient tout leur sens. Mais se symbole vivant se manifestait aussi par son odeur caractéristique. Une fois décoré, c'était toujours l'émerveillement! Les familles plus favorisées pouvaient se payer une guirlande électrique (quel luxe!) qui, de plus, se mettait à clignoter après une période de préchauffage. Pour moi petit enfant, c'était déjà presque un miracle et cela contribuait à la "magie de Noël". Chez les plus pauvres en revanche, on utilisait de petites chandelles qui nécessitaient une surveillance toute particulière. J'ai entendu parler d'accidents tragiques et d'incendies causés en procédant de la sorte. On n'était pas toujours très prudents à l'époque, ou bien on faisait avec les moyens du bord, des parents voulaient à tout prix offrir un beau spectacle à leurs enfants: après tout, cela n'arrivait qu'une fois par an! Il faut dire aussi que, pour imiter la neige, on recouvrait le sapin de petis morceaux d'ouate (il n'y avait pas encore de neige artificielle en bombe aérosol) ou de "cheveux d'anges", que la crèche du petit Jésus était bien souvent en carton et que certaines boules pouvaient aussi être très inflammables. Le Père-Noël lui-même devait certainement prendre des risques considérables en descendant par la cheminée. Il y avait là un mystère qui allait devenir encore plus épais avec l'arrivée des premiers radiateurs!

Le jour du réveillon, permission m'était accordée de rester debout jusqu'à près de minuit. La télévision n'avait pas encore pris son monopole, il s'en fallait de beaucoup puisqu'elle n'existait pas dans tous les ménages, qu'elle était bien entendu encore en noir et blanc (quand toutefois on en avait une d'occasion!) que les programmes n'étaient pas diffusés en continu et qu'on avait très vite fait le tour des chaînes! De ce fait, la réunion familiale était beaucoup plus conviviale. Entre les repas, on s'adonnait à des jeux qui, aujourd'hui, seraient traités de "débiles" tant ils sembleraient naïfs et désuets. Mais nous nous amusions bien, tout le monde rigolait facilement. On pouvait raconter des blagues et il était bien rare que mes parents ou les invités doivent utiliser des "mots-coupés". En effet, tout ne tournait pas systématiquement autour du sexe. Quand ma grand-mère se mettait à faire des grimaces, cela devenait une attraction très prisée, succès garanti et Jim Carrey était battu à "plate couture". Sinon, il y avait d'autres jeux et le perdant devait accomplir un gage qui lui aussi amusait la galerie. C'était une ambiance bon enfant, simple et gaie. Comme nos produits du terroir, cela sentait bon le naturel.

Parfois aussi, on branchait le petit pick-up et on écoutait une "plaque", un vieux vynile qui était parfois même encore en 78 tours. Ou bien on écoutait la radio à partir du vieux poste qui avait servi à recueillir les messages de la BBC, quelques années plus tôt. Point de leds lumineux, ni de K7, encore moins de CD, ni même de stéréo, un son grésillant au possible mais ça nous était égal et ça n'empêchait nullement d'apprécier ou de danser. Quoi? Danser? A la maison? Eh bien oui! Il suffisait pour cela d'écarter table et chaises, d'une invitation (car on dansait en couples, il n'était pas encore de mise de faire le pitre en solo!) et c'était parti. Les seules "drogues" disponibles étaient l'alcool et le tabac. Les dancings étaient rares et peu fréquentés pour la Noël, car c'était traditionnellement une fête de famille. Les automobiles étaient aussi moins nombreuses que maintenant d'ailleurs. Mais même là, l'ambiance y était très différente. Salvatore Adamo connaissait son succès avec "Vous permettez Monsieur" et cela correspondait assez bien au style. Il existait encore des farandoles, c'est-à-dire pour ceux qui l'ont déjà oublié, des rondes où cavaliers et cavalières échangeaient de chastes bisous. Bien évidemment, il n'était pas question de discothèque ni de DJ, c'était un orchestre en chair et en os qui jouait, avec de vrais instruments et parfois, de vraies fausses notes. Il y avait aussi des pauses entre des groupes de morceaux musicaux et le dialogue était possible. Le service d'ordre était le plus souvent limité au patron lui-même, exceptionnellement par l'un ou l'autre gros bras mais les bagarres étaient rares et isolées. On ne se promenait pas encore avec des riot-guns. La grande majorité de l'assistance était constituée de Belges et peut-être de quelques Italiens selon les régions.

Mais pour ce soir de réveillon, la voiture était restée devant la porte (il n'y avait aucun problème de parking non plus et les déprédations aux véhicules ne se produisaient généralement que dans les grandes villes et encore étaient-elles beaucoup moins fréquentes!). La porte elle-même pouvait rester ouverte toute la nuit, sans risque et on allumait une espèce de lanterne extérieure ou bien on faisait en sorte que de la lumière soit visible du dehors en signe de bon accueil pour d'éventuels visiteurs. Le car-jacking et le home-jacking ne figuraient dans aucun dictionnaire et d'ailleurs l'usage de l'anglais était bien moins répandu que de nos jours. Le peu qu'on en connaissait provenait de certains nouveaux produits alimentaires ou d'entretien que les gens estropiaient invariablement.

Le repas de Noël était à la fois simple et recherché. Simple parce que les rôtis de biches, les morceaux d'alligator, les cuisses de kangourous et autres plats exotiques n'étaient pas encore au goût du jour. N'était-il d'ailleurs pas beaucoup plus simple de prendre l'un des animaux de la basse-cour, nourris sainement tout au long de leur existence et de les accommoder avec une recette un peu particulière pour la circonstance? Ma mère préparait encore des croquettes à la main en les roulant dans la chapelure. Comment aurait-elle fait autrement en fait à une époque où surgelés et congélateurs étaient le plus souvent absents des foyers ordinaires? De plus, croyez-moi, on aurait bien goûté la différence et une seule expérience aurait suffit! Le moment de faire dodo étant venu, après une dernière prière, on s'endormait difficilement à cause d'une question qui taraudait l'esprit: "Ai-je été assez sage pour que le père Noël m'apporte quelque chose? On tendait l'oreille et on luttait contre le sommeil pour guetter le passage de l'homme à la grosse barbe blanche et au grand manteau rouge. Au matin, réveillé par l'excitation ainsi que la bonne odeur du chocolat chaud, on accourait dans la pièce pour découvrir ce qui avait été apporté et manger la cougnolle. A l'époque, Père-Noël était moins généreux qu'aujourd'hui. Nous nous satisfaisions d'ailleurs d'assez peu de choses. Quelques fruits, des oranges, des clémentines, des mandarines, quelques bonbons ou du chocolat creux et revêtant des formes diverses et puis un jouet.

Pour vous donner une idée du type de jouets que l'on recevait à l'époque, je vous dirai que j'ai reçu par exemple une grue en plastique, ou un jeu de Mecano, un robot en fer qui avançait péniblement en claudiquant (la plupart de ses ustensiles fonctionnels et étranges étaient simplement dessinés sur son corps), un jeu de "montagnes russes" à remonter avec une clef. Mais pas tout en même temps! Une année, j'ai été tout particulièrement gâté: j'ai reçu un splendide train électrique avec beaucoup de rails, des paysages et tunnels, des wagons et la locomotive du T.E.E. (Trans Europe Express). C'était fabuleux, incroyable! Père-Noël s'était vraiment défoncé cette année-là. Il avait d'ailleurs très bien fait les choses puisqu'il avait passé un joli complément chez ma tante où je pus trouver tout le nécessaire pour faire aussi un train de marchandises avec un wagon pour mettre le charbon, une locomotive à vapeur comme on en voyait encore circuler et des wagons de transport. Dans ma naïveté, je n'avais établi aucun rapport avec ce fameux contrat exeptionnel que mon père avait pu décrocher chez un gros client. Quelques années plus tard, pourtant, je compris...Mon père abanonna son statut d'indépendant et devint représentant de commerce. Il y avait longtemps qu'il ne disposait plus d'une voiture personnelle, aussi conduisait-il maintenant celle de la firme. La télévision et ses couleurs trônait pourtant dans le living, mais une âme semblait nous avoir quittés. Outre mon innocence, je savais que je perdais bien plus que cela et je n'ai effectivement plus jamais connu d'aussi belles fêtes de Noël et ce en dépit de trésors de technique, d'inventions et d'importations de toutes sortes...

2001. Faut-il dire que les choses ont changé? L'actualité internationale, du moins les conflits armés (qui ont existé à toutes les époques) connaitront-ils une trève: la fameuse trève de Noël? La messe de minuit aura t'elle lieu à Jerusalem? A Bethéem? Au moment où j'écris ces lignes rien ne le laisse encore supposer, disons que les choses semblent compromises. On verra bien. Ce n'est pas cela qui empêchera la fête de Noël de se célébrer avec faste partout ailleurs.

Pour ce qui est de la neige, il faudra compter sur une bonne dose de chance si on veut récolter un mince filet très éphémère, quant au bonhomme il vaut mieux l'oublier. Il n'y a eu aucun problème pour s'approvisionner en décorations de Noël. Cela fait trois mois que les rayons des grandes surfaces en sont pleins. En revanche, le problème se posera si, comme les moutons de Panurge, vous n'avez pas suivi le mouvement et vous y prenez la semaine qui précède l'événement. Dans ce cas, vous riquez de trouver la décoration adéquate, mais pour la fête de Pâques, voire les accessoires nécessaires pour vos grandes vacances! Il y a longtemps que la maladie de la société de consommation a été contractée par la toute grande majorité et, à côté d'elle, l'anthrax fait pâle figure. Ne nous y trompons pas: rues, avenues, boulevards, vitrines de magasins, fenêtres des maisons et même leurs abords immédiats sont bien mieux éclairés. De ce côté-là, on gagne en sécurité par rapport à ce qui n'existait pas avant. C'est très joli, toutes ces banderoles lumineuses, clignotantes, aux motifs triomphants et compliqués. Maintenant, le piéton, c'est-à-dire l'heureux automobiliste qui a enfin trouvé un parking, a tout le loisir de les contempler. Enfin, façon de parler car il y a toujours la crainte de ne plus retrouver sa voiture (et d'être obligé de prendre celle de madame ou du fiston) ou en tous cas, plus dans le même état. Sauf peut-être si on n'a qu'une voiture modeste dont on a pris la peine de retirer la face avant de l'auto-radio, de rentrer l'antenne, de brancher le coupe-circuit, de ne rien laisser de valeur, mais ce n'est pas encore une garantie, loin s'en faut. Ne soyons pas pessimistes et progressons puisque les rigueurs hivernales sont désormais souvent un lointain souvenir. Pour faire vos amplettes de Noël, vous n'avez maintenant plus que l'embarras du choix, celui de la file d'attente à la caisse et du compte en banque. Pour le reste, vous trouverez sans mal tout ce que l'on pouvait rêver jadis. Des fruits exotiques en veux-tu en voilà, de la HI-FI sophistiquée, des gadgets, des mets de rois, une vaisselle étincelante...rien ne manque. En y réfléchissant bien, si peut-être: le caractère personnel, la convivialité des petits magasins de quartier. Ceux-ci existent encore, certes. Mais ils sont en sursis, ou alors ce sont des night-shop, des "Pakistanais" comme on dit, bien qu'ils puissent tout aussi bien être grecs, italiens, marocains, turcs. On n'a strictement rien contre, bien au contraire puisque c'est pratique, ça rend bien des services, lesquels sont compensés par la différence de prix, mais soit: il faut savoir ce qu'on veut!

Au rayon jouets, c'est un véritable paradis qui attend les bambins. Ceux-ci "savent" beaucoup plus précocemment. Pensez: il y a trente-deux ans qu'on a marché sur la lune, le ciel n'a déjà plus guère de secrets pour eux et s'il subsistait des lacunes à leur savoir, les ordinateurs "juniors" sont là pour les combler. Chaque magasin dispose maintenant de son rayon informatique, même pour les plus jeunes. Mais la féérie ne s'arrête pas là! Les poupées ont aussi évolué. Il y a longtemps qu'elles marchent, font pipi, qu'elles parlent, circulent à vélomoteur, jouent de la musique, dansent, se battent. Les accessoires sont innombrables, adaptés à tous les contextes les plus extravagants. Le choix s'avèrent donc difficile. Mais il est encore compliqué davantage par de nouvelles questions: que leur trouver de nouveau? Qu'est-ce qui leur fera vraiment plaisir? Posons même la question autrement: que vais-je choisir d'assez formidable pour éveiller encore leur intérêt? Sera-ce assez? Parce que maintenant, il faudra trouver quelque chose d'hyper, de giga, de génial ou de "vraiment trop cool" et ce n'est qu'un résumé des néosuperlatifs. Petites ombres au tableau, on trouve aussi, même dans les grands magasins, des préservatifs, des jeux de rôles pour amants en mal d'imagination, le bouquin sur le dernier scandale, des jouets au goût douteux, des monstres qui rotent et qui pètent par exemple, des héros qui jurent comme des charretiers, des détecteurs de radars...

La maison est splendide! Il y a de quoi ravir les yeux de la cave au grenier, des guirlandes lumineuses, alternatives, stroboscopiques, modulables, musicales et...euh...mais oui bien sûr qu'elles clignotent, c'est bien la moindre des choses, non? Si on parvient à échapper à ses vieux, vraiment trop nases, on ira s'éclater en boîte. Là, c'est vraiment méga-giga génial, on connaît l'un des portiers, il est cool. Dans une "musique" tonitruante (l'orchestre a disparu depuis lontemps, remplacé par une avalanche de décibels en folie. Les "mélodies" répétitives sont diffusées par des espèces d'extra-terrestres qui connaissent parfois un peu de solfège), filles et garçons, traduisez: les mecs et leurs gonzes, se trémoussent, s'activent, sautillent chacuns de leur côté. De toute façon, il leur serait impossible de communiquer. Mais dès lors, comment drague-t'on? Je présume qu'on ne drague plus: on passe directement aux actes et si cela ne soulève pas trop de protestations c'et qu'on est pas trop mal-barre. A moins que l'autre ne soit trop stone. Normal, XTC, cannabis, crack, héro, etc sont de la partie, ils viennent s'ajouter à l'alcool et aux autres démences locales habituelles. La danse en elle-même n'en porte plus que le nom, c'est un mime plus ou moins réussi de l'acte sexuel. Pour ceux et celles qui manqueraient de talent en expression corporelle, des écrans présentant des vidéos suggestives, voire explicites et détaillées, existent. Parfois même, on se passe d'écran quand des acteurs et actrices "dévoués" font leur démo en public. Mais souvent la tenue vestimentaire, pour laquelle le prix est inversément proportionnel à la quantité de tissu, suffira.

A la maison, robes à paillettes et profonds décolletés rivaliseront avec les smokings BCBG. Ce sera la "grande bouffe" (éventuellement devant la retransmission télévisée sur les restos du coeur, le reportage sur les SDF, le documentaire sur les conditions de vie en Afghanistan). Là aussi, on peut déplorer certaines ombres au tableau. Ce sont les OMG, la dioxine, les nitra-nitrites (pourquoi pas nitro-, d'ailleurs?) et autres fromages végétaux... Si vous êtes branchés et l'alcool aidant, cela se terminera peut-être en grande partouze échangiste ou bien aurez-vous loué les services d'une strip-teaseuse professionnelle (à moins que ce ne soit simplement une fille qui veut arrondir ses fins de mois). Plus simplement, vous étrennerez peut-être les sous-vêtements hyper-sexy, achetés par correspondance chez Machin, la réplique exacte d'une actrice version gonflable si vous êtes solitaire et je m'abstiendrai de parler des homos. Il existe désormais un éventail impressionnant de possibilités pour "mettre le petit Jésus dans la crèche". Mais qu'est-il désormais devenu?

Le texte que vous trouverez ci-dessous nous vient de Bulgarie et est absolument authentique. D'ici quelques temps, nous introduirons d'autres textes de ce genre, sur des sujet différents mais dans le même esprit, afin d'établir la comparaison entre la Belgique (ou l'Occident) et les pays de l'Est (dont la Bulgarie).



Mes souvenirs d'enfance sont indissolublement liés au réveillon du Nouvel An. En Union Soviétique où a passé mon enfance, le Noël n'était pas une fête officielle. Nous ne discuterons pas ni les raisons de cet état des choses ni les défauts de cette époque-là parce que la critique n'est le but de ce petit article.

Ainsi, en U.R.S.S. la fête la plus radieuse était (et reste dans la Russie d'aujourd'hui!) le réveillon du Nouvel An. Tout le pays s'unissait dans les derniers efforts devant la fête: acheter du champagne, des fruits, du chocolat; savoir choisir une recette originale pour le rôti; s'accorder avec les amis et les proches sur l'essentiel (quoi, chez qui et quand). Tout le pays coupait unanimement les légumes pour la salade "Olivier" qui est connue comme salade "Russe" dans tout le monde entier (et je vous assure que ce que l'on vous sert aux restaurants est loin d'être une véritable salade "Russe"!).

Les derniers jours de décembre étaient la série des bals masqués dans les écoles. Il y avait un grand sapin décoré, le Père Noël (ou le Père Froid en russe) et sa petite-fille "Fille de Neige", qui triomphaient de la Vieille Sorcière et Kostchei l'Enchanteur (mauvais génie des contes russes); c'était la danse en rond autour du sapin, la chanson "V lessou rodilas iolotchka..." (au style "Oh, Tannenbaum! Wie grun sind deine Blatter..."). Préalablement il fallait préparer des costumes et ce n'était pas des enfants qui assistaient à ce bal mais les pirates, les Chaperons Rouges, les lapins, les Belles en costumes folkloriques, les magiciens, les cristaux de neige. La culmination de ces fêtes était la phrase: "Arbre du Nouvel An, allume tes feux!". Les enfants ont crié ces paroles 3 fois et les feux sur le sapin s'allumaient, après quoi suivait le plus intéressant: les cadeaux. Les cadeaux se composaient de 2-3 mandarines ou oranges, de bonbons, de noix, de petits fours secs, de gaufres et un chocolat. Ce n'est pas une grande chose pour nos jours, mais quelle joie nous portaient ces petits cadeaux! Je mettais de côté quelques bonbons pour mon frère et mes grands-parents.

Mais la vraie fête tombait le 31 décembre. Habituellement, s'est formée une grande compagnie: amis de mes parents, leurs enfants, oncles et tantes, cousins et cousines, mes grand-papa et grand-maman. On dansait, rigolait et s'amusait. Le réveillon commençait 2-3 heures avant minuit, le premier toast a toujours été porté pour l'année passante. Le plus magique arrivait juste à minuit quand le carillon du Kremlin à Moscou s'est mis à sonner 12 fois. A ce moment-là, je me suis représenté le petite globe terrestre bleu qui tourne autour du soleil dans l'Univers illimité. Et la gaieté bruyante s'est déroulée. Personne ne se couchait et personne ne couchait les enfants (chouette!), effectivement c'était la nuit formidable! Même de plus! Cette nuit, les grands non seulement ne nous obligeaient pas à obéir mais ils redevenaient eux-mêmes des enfants. Ils jouaient aux boules de neige avec nous, lugeaient, construisaient des bonhommes de neige dans la cour en pleine nuit.

Et les comédies, quelles comédies et émissions humoristiques ont été projetées en télé (en noir et blanc) cette nuit-là! On pouvait tomber sous la table d'un fou rire et on y tombait. En effet, des sujets pour faire rire ne manquaient pas!


Et les danses! On dansait sans cesse toute la nuit. La musique jouait très fort mais personne n'était contre: la même chose était chez nos voisins. Les portes étaient ouvertes, et très souvent, les compagnies se mêlaient, tous souhaitaient bonne année l'un à l'autre, proposaient des toasts, plaisantaient. A l'âge de 4-5 ans, j'aimais (et savais!) danser le shake aux chansons des "Beatles" avec les adultes. Je ne comprenais pas seulement pourquoi ils cessaient de danser et, en souriant, ne regardaient plus que de mon côté. J'ai traité le shake sérieusement, moi! Les applaudissements ont toujours été d'ailleurs sincères et mérités. Mais le plus grand plaisir était quand mon papa me prenait dans ses bras et nous dansions ensemble. Je me sentais une vraie dame et regardait mes cousins d'un air hautain.


Le sapin était toujours naturel: ce temps-là on ne produisait pas encore des arbres synthétiques. Je me souviens de chaque garniture de notre sapin: légumes plastiques de toutes sortes, boules brillantes, verroterie multicolore, ainsi que des confettis, serpentins et des feux de Bengale.

Les cadeaux pour le Nouvel An représentaient des fruits, des douceurs et, obligatoirement du chocolat. Les plus grands et les plus variés ont été faits, bien sûr, par les grands-parents: chocolats en tablettes, bâtons de chocolat, lapins de chocolat, médaillons de chocolat...



Moi et mon frère, nous étions toujours des enfants sages pour nos grand-papa et grande-maman malgré tous nos tours...

Les Nouvels Ans de mon enfance...odeur de neige et de sapin, de parfum et de pâté...mes parents tout jeunes, musique et gaieté. Mon enfance, où t'en es-tu allée?




Parfois elle revient. Chaque année, le 31 décembre nous avons une grande compagnie d'amis chez nous, un vrai sapin décoré, salade russe et rôti, de nouveau joue la musique et tout le monde s'amuse, mais c'est déjà ma propre fille qui danse avec son papa, en le regardant avec admiration, et il me semble que je sais à quoi elle pense ce moment-là.



Pourtant, la fête de Noël n'a pas été oubliée. Dans la vieille Russie, on le célébrait pendant 12 jours (du 7 janvier au 19 janvier) les soi-disant "sviatki". Cette période on chantait, dansait et se déguisait en monstres selon la traditiion populaire. Les jeunes-filles interrogeaient l'avenir à l'aide des chandelles pour voire leurs promis dans le miroir.



Ces mœurs du temps jadis nous semblaient étranges, mystérieuses et en même temps ...proches.



De nos jours, le Noël en Russie est une fête officielle. Le patriarche de toute la Russie célèbre la messe de réveillon (le 6 janvier) et de Noël (le 7 janvier). Ce jour-là, avant midi, les croyants se rendent à l'église pour assister à la messe de fête, et plus tard toute la famille et les proches se mettent à table.



Dans la Bulgarie de l'époque du socialisme, la situation aux fêtes de fin de l'année était la même. Le Nouvel An était la plus grande fête pour tout le pays. Le Noël de cette époque-là se fêtait le 7 janvier dans le cercle de la famille. Habituellement, on se régalait de mets de porc et de vin rouge.



Depuis le début des années 90, le Noël est une fête officielle en Bulgarie et sa célébration a été reportée au 25 décembre (selon le calendrier julien) et a coïncidé donc au Noël catholique.



Le 24 décembre est le réveillon et le soir, toute la famille se ramasse à la maison. On sert 7 ou 9 mets maigres: des haricots blancs, des sarmi maigres (petites feuilles de choux farcies de riz), des poivrons farcis....

Spécialement pour le réveillon on prépare un pain rond ou banitsa (feuilleté au fromage), à l'intérieur duquel se trouve une pièce de monnaie. Celui qui aura le morceau avc la pièce, sera heureux l'année prochaine. Parfois on y met de petits billets sur lesquels sont écrites des vœux pour l'avenir.


En Bulgarie existe une tradition intéressante qui ne se conserve que dans de petites villes et à la campagne. La nuit de Noël, les hommes (des garçons aux vieillards) visitent les maisons du village et chantent les chansons de Noël. Il convient de les régaler des craquelins ou des produits panifiés. Cette tradition s'appelle "kolédouvané" ("Noël" se traduit en bulgare "Koléda"), et les chanteurs - "kolédari".

Un rituel pareil se fait le 1er janvier par des enfants qui portent des branches de cornouiller décorées. En frappant légérement des adultes avec elles, les enfants leur souhaitent une bonne année et une bonne santé. On donne aux enfants de petits cadeaux ou de l'argent. Cette tradition s'appelle "sourvakané", et les enfants "sourvakari".




Le 25 décembre, le jour de Noël, la famille se remet à table. Comme on peut manger des aliments gras, on sert un dinde farcie,! du poulet ou de l'agneau mais des mets de porc sont les plus traditionnels. Les croyants vont à la messe. Le Noël on se repose, va faire des visites, fait bonne chère et on boit assez bien de vin à la santé...

Il est intéressant que dans quelques pays de l'Est, les traditions des fêtes de fin de l'année se ressemblent. Par exemple, en Ukraine on sert des repas maigres le 6 janvier (le réveillon), on organise "koliadki" (chansons des enfants et des adultes), on fait des cadeaux (des spécialités!) aux parrains et marraines, et le 1er janvier les garçons jettent des blés pour bonheur.

N.D.L.R.: Ce texte n'a été que très peu corrigé afin d'en garder toute sa saveur d'origine.

INDEX DES PREJUGES

INTRODUCTION GENERALE

ACCUEIL

FAQ

   Search this site or the web        powered by FreeFind
 

  Site search Web search

Site Map    What's New    Search





 

- Tous droits réservés pour tous pays. -